Diplômée de l’EMCA en 2016, Camille Monnier a ensuite pris part à la collection En sortant de l’école – Paul Eluard, avec un film facétieux et plein de délicatesse : Même quand nous dormons.
Aujourd’hui en pré-production de son film Soleil Gris (produit par Novanima) dont la fabrication débutera à Ciclic cet automne, elle arrive à la Jachère avec l’envie de se laisser aller à la peinture et l’animation sur papier ; une semaine sans pression et sans objectif précis.

Camille Monnier / Site internet – Vimeo – Instagram
Soleil Gris, en production
Short-cuts ARTE, JEUX INTERDITS , 2019
Même quand nous dormons, 2017







Est-ce que tu as toujours aimé animer avec les techniques traditionnelles (encre en particulier), ou ça a été une découverte progressive au fil des années ?
À la base, j’ai voulu faire de l’animation par amour du dessin. Mais allez savoir pourquoi, j’ai commencé par Estienne, une école qui priorisait la 3D … Avec le recul je dirais que j’ai vécu ces deux années comme un désert artistique. Non pas que je ne produisais rien, mais ça ne m’a pas poussé à explorer l’infinité des techniques graphiques possibles. Ça a même créé de gros blocages et un désamour de l’animation. C’est pour ça qu’ensuite j’ai décidé de faire l’EMCA. Je voulais retrouver la passion du début. Mais je suis longtemps restée dans ce que je savais faire à l’époque : du dessin numérique et je n’avais pas beaucoup d’appétence pour les techniques plus « tradi »…
Je crois qu’à l’époque si on ne me forçait pas, je ne faisais pas. Je manquais de maturité et en cela j’aurai davantage eu besoin d’un enseignement plus cadré, qui donne des contraintes. Bref, je ne vais pas refaire le passé mais ce n’est qu’à la fin de l’EMCA, pour la production d’En sortant de l’école, que j’ai voulu réaliser mon film au pastel gras – bon finalement je n’ai fait que les décors en pastel, j’avais encore besoin d’une béquille numérique et j’ai donc fais l’animation sur TvPaint. Mais c’était une première pour moi !
Et de fil en aiguille j’ai laissé peu à peu le numérique pour des techniques plus tradi. Je voulais tout tester ! Je retrouve enfin, après toutes ces années, cet amour pour l’art plastique, la peinture, le dessin, et la gravure aussi maintenant. Aujourd’hui j’utilise principalement de l’acrylique liquide et des lavis pour mes peintures et animations ; mais je voudrais rester assez polymorphe et continuer de découvrir d’autres expressions plastiques.
Tu as un tournage en approche (à la rentrée), pourtant tu es venue ici avec l’esprit léger. Ça te semblait important de faire une pause dans ta période de pré-production?
Oui ! Surtout que la production de ce court est un travail de longue haleine… Je me rends compte à quel point il est important de faire des pauses créatives sur des projets si long. Ça aère la tête !
Toutes les étapes de production d’un film ont beau être très différentes (écriture, intentions, recherches, animatique …) j’ai fini par réaliser que le projet dois être figé pour avancer … Du coup, passée l’excitation de la 1ère année à porter le bébé, la lassitude prend parfois le dessus. Participer au workshop de Gianluigi Toccafondo – à l’abbaye de Fontevraud- m’avait fait un bien fou et je me suis dit que je devais faire davantage de « bulles créatives », que ce serait salvateur pour ma santé mentale et pour le court. Donc merci Justine pour cette résidence. Elle m’a permise de peindre sans objectif, sans pression, et avec Chaussette haha !
Dans ton processus, qu’est-ce qui arrive en premier : image, mot, musique, son, technique … ?
Hum… bonne question ! Je n’y avais jamais trop réfléchi. Le plus souvent, je dirais que c’est l’image qui vient en premier. Un petit dessin, ou une grande peinture, me donne parfois envie de partir sur l’élaboration d’un projet. Puis viennent les mots. Il y a encore quelques années ce n’était pas du tout naturel d’écrire mes intentions, mes idées … mais avec le début de la vie professionnelle, on m’a demandé de justifier (dans des dossiers par exemple) ce que je voulais faire et j’ai pris plaisir écrire. Aujourd’hui, même pour une peinture il m’arrive d’écrire des intentions. Mais j’essaye de ne pas trop décomposer mon processus de création et de laisser les étapes venir de façon instinctive.

Trois films d’animation incontournables pour toi ? Pour quelles raisons ?
Je regarde peu d’animation, mais si je devais rester enfermée un jour avec 3 films d’animation à regarder, je demanderais : Gwen et le livre des sables de Jean-François Laguionie. Je l’ai vu à Annecy et quelle découverte ! Tant l’histoire que le visuel, je l’ai trouvé magnifique. À l’occasion de cette projection, Laguionie a parlé de la production de ce film, des difficultés rencontrées … c’était une histoire dans l’histoire et c’est aussi pour cette raison que je l’affectionne beaucoup. La Planète sauvage de René Laloux. Je ne vais pas me lancer, ce film est trop incroyable, improbable. Trop à dire. Angel’s Egg de Mamoru Oshii. Parce que ce film me hante. J’ai souvent des bribes qui me reviennent, des images, des sensations… C’est un film très visuel, avec une animation japonaise comme on l’aime ( càd, tu pleures devant l’animation des cheveux ), et une histoire intrigante.
C’est quand qu’on m’enferme avec ces 3 films ?
Tu racontais que tu aimes peindre sur de (très) grands formats. Qu’est-ce que tu y trouves, dans le geste, les sensations, et peut-être aussi dans le rendu, qui te plait autant ?
La difficulté, la tension et le stress pour ressentir la délivrance ! Hahaha… suis-je maso ?
Plus sérieusement, j’ai ressenti le besoin de sortir du « format » dans lequel j’évoluais. J’avais toujours dessiné sur de petits formats, max A4, et j’ai eu envie d’agrandir le support. J’avais retrouvé dans mes affaires une grande affiche de cinéma. Je l’ai retournée et j’ai peint derrière sur cet horrible papier glacé. La tension que j’ai éprouvée en réalisant cette peinture m’a plu et j’ai voulu en faire d’autres. Le très grand format impose aussi de bouger autour de la feuille, de se lever pour prendre du recul, on est plus mobile. Par la grandeur je me sens aussi moins « maître » de ce que je fais et je dois davantage « accepter » le résultat que quand je travaille sur petit format – où j’ai la sensation de tout maîtriser.
Ça m’a aussi appris à composer avec ce que j’avais sous la main. Au début je n’avais rien de plus que du A3 alors j’ai commencé à coller des feuilles entre elles. Puis 4 raisins entre eux. Coller les feuilles entre elles crée des gouttières que la peinture vient accentuer. Alors j’ai acheté un rouleau de papier de 1m50 de large. C’est la plus grande peinture que j’ai faîte. Mais aujourd’hui je reviens aux feuilles collées entre elles parce que je crois que j’aime au final d’avoir ces lignes de jointures marquées. La peinture devient aussi pliable et transportable, moins précieuse qu’un rouleau.
La technique du lavis est allée de paire avec le format, dans un soucis technique et budgétaire. Et il y a le plaisir de voir ces grandes flaques de peinture sécher, marquer des strates, se diluer dans une autre. Mais ce que j’aime le plus dans le grand format, c’est la sensation de se faire dominer par le visuel une fois accroché. On peut se retrouver avec un personnage à échelle 1, un oeil qui fait la taille de notre tête,… et personnellement, je trouve ça très immergeant. Maintenant, je rêverais d’une grande salle de murs blancs pour les accrocher et voir ce que toutes ces peintures donnent dans l’ensemble de l’espace. Oui bon pour pas tourner autour du pot, j’aimerais faire une expo !
La recette d’une bonne journée de travail ?
Je la cherche encore, mais elle commence par un café et un thé ! Si si les deux !
