
Cassandre Dantier Faugère est diplômée du DnMade cinéma d’animation au service du réel, de Saint-Geneviève, où elle a réalisé le très beau court-métrage, Le Temps qu’il faudra , qui jongle entre pastel gras, animation d’objet et prises de vue réelles retravaillées. Pensé en collaboration avec la maison des femmes de Montreuil, son film explore le regard des écoutantes qui accompagnent les femmes victimes de violences, et illustre avec élégance et douceur ce compagnonnage sororal qui permet aux blessures de se refermer. Venue pour deux semaines à la Jachère, Cassandre a exploré de nombreuses techniques et, il semblerait, ouvert la voie à de nouveaux projets.
Instagram : @c.ejsi











Pastel gras, fusain, pellicule grattée et huile sur verre ; tu as exploré de nombreuse techniques pendant tes deux semaines de résidence ! Mais la peinture sur verre semble avoir largement gagné tes faveurs. Qu’est-ce qui t’as le plus plu dans cette technique ?
J’ai horreur de devoir redessiner la même chose de A à Z, c’est vite fatiguant (mais qu’est ce que je fais en animation?). Je ne retrouve pas ça dans la peinture à l’huile ! J’ai l’impression de faire évoluer un seul et même dessin pendant toute la durée de l’animation et c’est très stimulant, je ne m’ennuie pas. La nature éphémère de la peinture à l’huile sur verre, qui ne laisse pas de traces physiques à la fin de la séance mais seulement un rendu animé sur l’ordinateur, me plaît. Parfois je me sens enfermée dans la trace qu’un dessin sur papier peut laisser, avec l’huile sur verre j’ai un grand sentiment de liberté.
Tu as même réalisé un teaser d’une quinzaine secondes. Était-ce une envie que tu avais avant de venir, ou bien l’inspiration du moment ?
J’avais des envies de cadrages, de rythmes et de thèmes que je voulais creuser de façon un peu éparpillée. Mon but était surtout de cibler des techniques, des matières qui pourraient coller avec les thèmes que je voulais explorer : le corps, l’intimité, la colère, une sorte de violence dans le fait d’être face à soi. Peu à peu, à force de dessiner des cadrages dans la pellicule, des plans se sont succédé naturellement construisant un mini récit.
J’ai l’impression que pour aboutir ce très court film, avec son atmosphère et ses personnages, tu n’as pas eu besoin de passer par les mots. As-tu l’habitude de démarrer tes projets par les images ?
Je pense que oui. Je suis quelqu’un de très visuel, qui observe, dessine et qui interprète après. Les mots sont très importants pour moi mais je trouve difficile de les faire sortir naturellement et sincèrement du premier coup. J’aime alors dessiner, faire des schémas, poser des formes pour arriver à des mots ensuite. Des mots qui seront plus percutants, réfléchis et qui auront eu le temps d’évoluer pendant que je crée les images !
Trois courts-métrages d’animation essentiels ? Et pourquoi !
Oula trop dur… Je ne sais pas ce qui est essentiel ou non. A mes yeux il est essentiel d’aller chercher partout dans toutes les techniques, toutes les façons de faire du cinéma ! Mes essentiels alors !
J’ai une grande admiration pour Michèle Cournoyer et son film Soif qui me parle beaucoup de par son thème et sa liberté en ce qui concerne l’animation. Parfois c’est important de retrouver une certaine insouciance lorsqu’on dessine et anime, en se libérant des attentes du “beau et bien fait” (même si ça veut pas dire grand chose en soi).
J’ajouterai ensuite Genius Loci de Maya Merigeau. C’est un film magnifique graphiquement, presque parfait dans sa technique, ses visuels, son son, c’est mon péché mignon. Ça parle d’un lieu, d’un personnage évoluant dans celui-ci. Un lieu qui se métamorphose et qui métamorphose, et je sais pas, j’ai un truc avec l’idée du “genius loci” je pense. J’aimerais bien travailler la thématique du lieu dans le futur.
Et en troisième j’ai envie de faire la puriste du coin et dire Neighbours de Norman McLaren parce que j’adore la pixilation et j’ai envie d’en voir et d’en faire plus !
Un remède magique contre le page blanche ?
À mon sens, la page blanche est très personnelle, on la vit tous un peu différemment… Mon processus créatif est chaotique et la page blanche peut vite surgir (c’est ma plus grande ennemie). Pour l’instant j’ai l’impression que le meilleur remède est de l’ignorer, ne pas lui donner d’importance. Soit en prenant ce moment comme une occasion pour sortir de sa tête, sortir d’un schéma qui nous pousse à être productif (au détriment de nos propres envies parfois). Soit justement en s’autorisant à faire des choses moins poussées, moins intéressantes, moins belles, moins sérieuses. Parce qu’en ce qui me concerne, ma page blanche est toujours accompagnée d’une grosse peur de ne plus “être à la hauteur”. Un truc d’anxieux sûrement. Je me rassure en me disant que ces périodes de page blanche sont presque toujours annonciatrices d’un renouveau et d’un foisonnement d’idées lorsqu’elles me quittent.
