
Passée par les Beaux-Arts de Bourges, l’EMCA et diplômée de l’ENSAD en 2022, Clarisse finalise actuellement son film de fin d’études LA MAISON DE NOS ORAGES qui marie maquette et animation au fusain. Elle a également réalisé le clip Glazart Plage pour GÀBOR et assuré la fabrication de séquences au fusain pour le documentaire Mille Jours, du programme L’Heure D. Son travail explore la mémoire des lieux et les fragments de souvenirs qui s’entremêlent, s’appuyant sur la douceur du fusain pour révéler la porosité du temps et des époques.
Instagram : @ricci.clarisse





Ton film se construit autour d’une maison. Pourrais-tu nous raconter succinctement l’histoire de cette demeure ?
Cette maison était celle de ma grand-mère, maintenant elle l’a vendue.
Mais au fil des siècles, cette maison a, selon les rumeurs et les écrits, été un couvent puis une ferme, avant de devenir une maison d’habitation et cacherait des souterrains menant à l’extérieur du village.
Intéressée par l’histoire de cette maison et intriguée par les rumeurs qui circulent sur elle dans le village de mon enfance, j’ai commencé une démarche de généalogie autour de ce lieu. C’est en interviewant ma famille et suite à des lectures concernant cette maison que les éléments ont peu à peu pris forme. En croisant mes recherches, j’ai découvert que ce lieu datant du XVIIème siècle avait été frappé régulièrement par la foudre et l’orage. Le plus ancien texte que j’ai pu retrouver, datant de 1732, relate la fois où le « feu du ciel” a frappé ce monument.
Depuis mon arrière grand-mère, la peur de cette foudre qui frappe, a été transmise à ma grand-mère puis aux autres générations.
C’est une histoire dense et riche d’anecdotes. Comment as-tu choisi et organisé les éléments qui figurent dans le film ? Suis-tu une logique plutôt réaliste et historique, ou au contraire, un déroulé plus émotionnel ou visuel ?
Justement, au début je pensais que je devais suivre un ordre, essayer d’agencer les choses. Mais il ne ressortait de tout ça que des éléments qui se répondent sans nous révéler d’histoire qui me convienne. J’ai finalement tenté une nouvelle approche. J’ai simplement dessiné les images qui me plaisaient. C’est de cette façon que j’ai compris que mon film allait se construire à l’envers, les images avant l’histoire.
Ce qui me plait, c’est réussir à retransmettre une ambiance, une sensation avec les images que je crée. Sans abandonner le rapport au temps et à la mémoire du lieu, j’ai préféré laisser de côté l’approche historique, pour utiliser un déroulé plus émotionnel et visuel.
Qu’est ce que tu aimes dans le travail du fusain, et dans son rendu ?
Ce qui m’attire dans le travail du fusain a toujours été la capacité de ce médium de laisser des traces. Sa poudre, même si je la maîtrise, laisse de la poussière qui, à l’image, bouge beaucoup plus qu’un autre outil.
Je mélange dans ce film fusain et pierre noire, ce qui me permet d’avoir des noirs plus profonds qu’avec seulement du fusain et une densité de matière plus grasse que sa seule légèreté. D’ailleurs, c’est comme cela que je commence à dessiner : avec la pierre noire que j’efface à certains endroits, ce qui laisse une empreinte du dessin et me permet d’avoir le rendu qui me plait. Ensuite, je viens dessiner au fusain.
Je trouve que cette technique se prête bien à l’idée de mon film qui est conçu comme des fragments de souvenirs qui s’entremêlent et se transforment. Souvent, ils finissent par disparaitre en laissant une trainée de poudre qui fait apparaître les crayonnés de mes images. C’est ce que j’aime, essayer de faire apparaître les strates du dessin. Comme si l’image recherchait son origine.

Avais-tu un objectif précis pour tes 2 semaines de résidence ?
Oui, je m’étais fixée comme objectif de réaliser la colo de mon film au fusain. J’avais préparé déjà pendant mon année de diplôme les crayonnés des différents plans du film. Je n’ai pas fini tous ces plans pendant ma résidence, on est toujours un peu trop ambitieux sur nos objectifs ! Mais ce que je voulais surtout c’est pouvoir me relancer dans ce projet en étant stimulée. Pouvoir être dans un environnement de travail avec d’autres réalisateurs/trices. Et ça a été le cas. Rencontrer et échanger sur mon travail ou sur le travail des autres réalisatrices lors de cette résidence a donné un nouveau souffle à mon travail sur ce film.
Trois court-métrages d’animation incontournables ?
Je dirais les 3 films d’animation qui m’ont donné envie de faire de l’animation.
– La trilogie des vestiges de Mathieu Dufois, sa technique d’animation est géniale, il crée des maquettes de lieux où il vient animer à la pierre noire des personnages secondaires de films noirs des années 50.
– Le repas dominical de Céline Devaux. La narration est super, le rythme du dessin aussi. j’ai toujours aimé sa technique qui consiste à gratter le dessin et à le modifier pour en faire apparaitre un autre.
– L’attesa del maggio de Simone Massi. Là aussi un peu la même technique mais avec des plans qui s’enchainent dans une fluidité dingue.
La recette d’une bonne journée de travail ?
Pouvoir travailler avec des ami(e)s ou des personnes qui ont les mêmes passions par rapport au dessin, à l’animation. Et également pouvoir échanger sur notre travail et avancer de façon stimulante. Comme c’était le cas pendant cette super résidence!
