
Diplômée de l’ENSAD, Lou-Ann Nony a participé à la première saison de Première Page avec un texte de Victor Hugo, L’homme qui rit, en proposant une interprétation graphique puissante, à la ligne rouge. Véritable plongée dans une foule passée au vitriol, le film nous emporte et nous fait basculer dans la fascination du texte et de l’animation. Alors qu’elle termine la fabrication de son film de fin d’études, Les formes discrètes, Lou-Ann a passé deux semaines à La Jachère pour confronter ses animations à la gravure, et explorer de nouvelles pistes graphiques.
Instagram : @louloulaigreur
L’homme qui rit, 2024 (film de la collection Première Page)







En deux semaines, tu n’as pas hésité à passer de l’animation papier, à la linogravure puis au monotype. Est-ce qu’une direction t’as interpellé plus qu’une autre ?
L’animation papier c’était un peu ma zone de confort pour me faire plaisir au début, parce que je n’en avais pas fait depuis longtemps. En monotype j’ai voulu essayer d’exploiter la trace laissée par le support, le fantôme des frames. Pour le coup j’ai expérimenté une technique que je ne connaissais pas du tout, directement en animation donc ça mériterait plus de recherches pour aboutir à quelque chose d’intéressant. J’ai gravé quelques plaques de lino pour le plaisir chez moi le soir, et finalement je n’ai fais plus que ça la deuxième semaine. Je pense que la linogravure a vraiment déclenché un truc sur les textures et la radicalité des traits et des aplats, je suis partie de la Jachère en me demandant comment je pouvais mettre en mouvement des plaques de lino sans que ça soit trop chronophage (je te tiens au courant).
Tu as notamment réalisé plusieurs animation sur le principe de la weaving loop, l’animation filée. Qu’est-ce qui t’intéresse dans cette construction spécifique du mouvement, et ses potentiels de mise en scène ?
Je crois que ce qui m’intéresse le plus c’est le caractère fascinant et hypnotique, qui parle plus aux sensations qu’à l’intellect. Quand on regarde une weaving loop il y a direct une accroche très fort, c’est un outil esthétique très puissant sur l’attention et les émotions du spectateur. La fabrication d’une animation filée, à l’opposé du spectateur est aussi absorbante et méditative que d’en regarder une. C’est très agréable à faire, les images se Font toute seules. Il y a aussi un effet magique, au sens Méliès du terme : même les gens qui font de l’animation ne comprennent pas comment ça marche tant qu’on ne l’a pas expliqué – personnellement je n’arrive jamais à bien l’expliquer- c’est une tension que j’aime beaucoup dans les films, quand on ne comprend pas ce qu’on voit et que d’autres manières de recevoir les images prennent le relais.

Un antidote magique contre le page blanche ?
Quand je ne sais pas quoi dessiner, je reproduis des tableaux ou des détails de tableaux que j’aime bien. De manière générale dans la pratique quotidienne (ça peut être compliqué à mettre en place quand on est dans la spirale du doute avec aucune inspiration) je trouve qu’avoir un horaire régulier où on se dit : « là je fais un truc, je dessine un truc, j’anime un truc, je construis un truc », même si c’est nul ou en décalage avec l’image de ce qu’on aimerait faire, ça aide à convoquer des thématiques qui nous intéresse et qu’on voudrait creuser.