
Diplômée du DNMade Animation de l’ESAAT en 2022, Mélia est arrivée à la Jachère pour trois semaines avec l’envie de replonger dans son projet de fin d’études Chérie si je meurs. Court-métrage d’une dizaine de minutes initialement imaginé en animation numérique, Mélia vient vérifier une intuition que ses toutes premières recherches avaient esquissées : « Et pourquoi pas… faire ce film au pastel gras ? ».
Instagram : @melia_christophe





Es-tu arrivée à la résidence avec des envies précises ?
Oui, j’avais déjà préparé un plan en rotoscopie, je voulais profiter de la résidence pour trouver la façon d’animer la pastel qui me plairait le plus et voir si ce que j’avais en tête était faisable.
Qu’apprécies-tu dans le travail du pastel ? Y a-t-il des différences flagrantes par rapport aux essais tout-numériques que tu avais réalisés pendant tes études ( rendu visuel, plaisir du geste, rythme de travail …) ?
J’aime beaucoup la texture que le pastel apporte au rendu, pouvoir gratter dans la matière. Il y a aussi quelque chose de très sensible qui se dégage de cette technique, c’est très lié aux sensations, au toucher, et c’est un aspect qui est important dans mon projet. C’est aussi une technique un peu « magique » pour moi, j’ai souvent du mal à aimer mes dessins, mais quand je fais du pastel gras, c’est plus facile.
Les différences avec les essais que j’avais fait au numérique sont énormes. Même si le principe du dessin « en trait » pour représenter les souvenirs/rêves qui viennent se superposer à des dessins en aplats de couleur pour la réalité est un principe que j’ai gardé, le rendu final n’a rien à voir. Mais ce qui change le plus c’est le plaisir du travail ; même si ça prend un peu plus de temps, c’est tellement agréable de travailler au pastel, passer ma journée entière à faire ça, avec de la musique ou un épisode de Dimension 20 dans les oreilles c’était vraiment un super moment pour moi, je suis très contente d’avoir eu l’opportunité de prendre ce temps là pendant la résidence.
Ton film se construit autour d’une histoire réelle, conservée dans un journal tenu par ton arrière grand-père. Penses-tu que ton projet explorera la frontière avec le documentaire, ou souhaites-tu plutôt t’éloigner du réel ?
Je pense que ce sera un peu un mélange des deux. Il y a une part un peu fantastique dans mon film qui l’emmène forcément dans la fiction, mais le matériau de base reste important et je voudrai le mettre en valeur dans le film. Cette histoire, ça part de quelque chose de réel, c’est vraiment arrivé à mon arrière-grand père. Je ne l’ai pas connu, mais c’est peut-être une des choses que j’essaie de faire à travers ce projet, le rencontrer un peu, de loin.
Après trois semaines de résidence … as-tu l’impression que la direction du pastel gras soit la bonne, et soit faisable ?
Oui, oui et encore oui ! Je ne peux plus imaginer une autre technique pour ce film. Pour ce qui est du temps, c’est sûr que ce n’est pas la technique la plus rapide, mais finalement, ça m’a pris moins de temps que je le pensais et j’ai réussi à faire plus que ce que j’imaginais, il faut juste pas mal de préparation en amont, mais la rotoscopie aide à avancer rapidement, donc je vais certainement m’appuyer là-dessus quand je passerai à la production.
Trois court-métrages d’animation essentiels ? Et pourquoi.
How Long Not Long, de Michèle et Uri Kranot (c’est une de mes références principales pour ce projet), le rythme qui s’installe avec l’association de cette sorte de ronde dans les images et de la musique dégage quelque chose de vraiment fort pour moi, une sorte d’inévitabilité dont il est difficile de s’échapper. C’est aussi un des premier courts-métrages « d’auteur » que j’ai vu alors je pense que ça a contribué au fait qu’il m’ait autant marquée.
Mon Papi s’est caché, de Anne Huynh parce qu’il est si doux et joli. Je ne sais pas si ça en fait un film « essentiel » mais dernièrement je l’ai mis dans plusieurs projections de « découverte des techniques de l’animation » et je m’y attache de plus en plus.
Ten Degrees of Strange, un clip de Lynn Tomlinson, parce que le rendu est vraiment beau et qu’en plus il est en pâte à modeler, utilisée d’une manière que je n’avais pas vu avant, un peu comme de la peinture.
Ta recette d’une bonne journée de travail ?
Partie « préparation » du plan terminée pour pouvoir passer toute la journée à mes pastels en écoutant un épisode de Dimension 20 (mon émission de jeu de rôle favorite) ou de la musique. Et le soir, finir par faire la prise de vue au banc-titre pour voir le résultat du travail de la journée !
