
Originaire d’Hong-Kong et après des études scientifiques, Paprika s’installe en France en 2019 avec l’intention de faire du cinéma d’animation. Autodidacte, elle anime des ateliers de pratique artistique et réalise des clips en parallèle de l’écriture de son premier court-métrage d’auteure : « Le Fantôme ». Construit sur ses souvenirs, le film dresse le portrait mystérieux, presque énigmatique, d’un Hong-Kong traversé par la dureté et l’âpreté des quotidiens. Ses 18 jours à la Jachère furent l’occasion de déployer ses idées sous la caméra et discuter longuement du monde de l’animation avec des collègues.
Instagram : @pappipaprika
PATREON







Avais-tu des objectifs précis en arrivant à la résidence ?
Oui, je voulais faire des tests d’animation pour mon court-métrage. Essayer différentes techniques, sur différents supports, et trouver un rendu final pour le film ( qui soit animable ).
Dans ton projet, la ville d’Hong-kong est un personnage à part entière. Pour construire ta mise en scène, travailles-tu d’après des prises de notes, des photographies, des croquis, des vidéos, des films … ou complètement de mémoire ?
Je travaille avec différentes sources, mais comme il m’est impossible de créer des scènes sans penser à des expériences intimes que j’ai vécues dans cette ville, mes souvenirs sont le plus indispensable.
Cependant, mon projet est une fiction, qui raconte un meurtre au sein d’une famille honkongaise. J’ai lu beaucoup de livres et d’articles, pour pouvoir construire des scènes convaincantes. Il y a en particulier un livre écrit par deux spécialistes de la région, qui constatent et recensent des situations difficiles, parfois paranormales, peu discutées avec le public. Il y a dans ces tragédies, même quotidiennes, une part d’irrationnel, non explicable par le cadre scientifique, et mon film s’appuie beaucoup sur ces observations.
Les films sont aussi une solide source d’inspiration. Je pense notamment à un film malaisien qui s’appelle “L’histoire de l’îlot du Sud” et qui décrit une famille hantée, tout en exposant l’enjeu politique de la frontière malaisienne. Ce film m’a énormément inspirée, non seulement sur la narration de l’histoire politique et émotionnelle, mais aussi sur la manière de créer une ambiance fantomatique.

Tu as commencé la résidence au fusain sur calque, tu as terminé à la craie grasse et crayon sur papier. Saurais-tu me raconter ce qui a motivé la bascule de technique ?
En fait je n’avais pas d’idée fixe par rapport au matériel. Je travaille avec ce que me plaît et ce qui s’adapte le mieux à l’histoire du projet. Je crois bien que c’est suite à nos discussions que j’ai essayé d’autres outils, et que j’ai trouvé.
En tant qu’autodidacte, y a-t-il des choses que tu aurais aimé découvrir plus tôt ? ( Un lieu, un livre, du matériel, une astuce … ).
Absolument. La première chose serait le plan de travail. Étant autodidacte, je n’ai pas la vision exacte du processus, et des différentes étapes de conception et fabrication qu’il y a dans l’industrie. J’ai perdu beaucoup de temps pour trouver la bonne méthode pour le résultat souhaité, en faisant parfois des aller-retours qui auraient pu être évités. Comme j’apprends seule, je découvre la méthode au fil du temps et des essais, et ça me prend du temps. Après, les livres sont aussi primordiaux pour l’apprentissage de l’animation. Ils me donnent un peu de la structure et de l’organisation qu’on trouve dans les formations officielles, et qui sont difficiles à trouver ailleurs.
Trois courts-métrages d’animation à voir absolument ! Et pourquoi ?
Ohayo par Kon Satoshi.
Kon est mon réalisateur préféré en dessin-animé Japonaise. Avant de regarder tous les long-métrages réalisés par Kon, Ohayo peut être un bon film pour percevoir sa maîtrise de la mise-en-scène. Dans ce court-métrage, le rythme est net et peut se mettre en boucle. En gros c’est un film d’une minute qui montre la routine régulière d’une personnage, et les éléments musicaux et graphiques nous permettent de plonger dans la boucle sans s’en rendre compte. La combinaison entre l’observation de la vie quotidienne et le phénomène psychologique est merveilleuse.
Jabberwocky par Jan Svankmajer.
Svankmajer est le réalisateur de stop-motion que je préfère.. Le film Jabberwocky montre son imagination par rapport à la transformation des matières. La présence du chat donne un côté vivant – voire sauvage – dans ce monde de poupées robotiques qu’il a créé. C’est comme un rêve réalisé.
La course à l’abîme par Georges Schwizgebel.
J’ai découvert Schwizgebel pendant la résidence et je suis restée bouche bée après avoir regardé ce court-métrage. Son jeu des mouvements, des perspectives est incroyable. Il m’a énormément inspirée sur ma perception de l’animation. Ce film m’a montré la liberté du dessin animée 2D, que tout est animable.
Ta recette pour une bonne journée de travail ?
Se lever tôt le matin, un bon petit déj’, et les gens qui travaillent leur propres projets en même temps. Manger ensemble, un peu de discussion, et puis repartir pour finir la journée.