Diplômé d’une licence en cinéma à Paris 3 Sorbonne-Nouvelle, Vassia Chavaroche gravite entre le monde du cinéma et du théâtre. Assistant de longue date du metteur en scène Mohamed El Khatib (Finir en beauté, C’est la vie, La dispute), on le retrouve également aux côtés de Jean-Gabriel Périot pour son dernier long-métrage, Retour à Reims. Fort d’une sensibilité polyvalente, et d’une curiosité sans faille, Vassia arrive à la Jachère avec l’envie de découvrir les possibilités du cinéma d’animation,
poussé par l’intention d’y déployer son projet de court-métrage :
Porte ouverte sur le blizzard
Néophyte en dessin et animation, mais les bras chargés de photographies et d’histoires, Vassia s’est vu prêté main forte par Justine -de la team Jachère, pour poser ensemble les premiers visuels de ce projet qui s’écrit depuis plusieurs années.

SYNOPSIS
1959. Une expédition scientifique en Antarctique.
Alain et Greggory profitent des derniers instants d’une idylle qu’ils savent éphémère. Alors que le brise-glace s’apprête à les ramener sur le vieux continent, pour Alain, rentrer n’est plus une évidence.






Ce qui est frappant lorsqu’on découvre ton projet, c’est la montagne de photographies et d’anecdotes que tu as réunies. D’où te vient ce matériel préparatoire, qui semble fonder le point de départ de ce court-métrage ?
Eh bien, le projet est parti d’une histoire entendue lors d’un repas de famille. J’ignore pourquoi l’histoire m’a autant frappé mais elle est devenue un écran de projection de mes délires, fantasmes, préoccupations. Ça se passait sur la banquise, dans un environnement que je ne connaissais pas … alors il fallait que j’en apprenne un peu plus (par des livres, des films, des témoignages) pour que j’y déploie le mieux possible le film qui me poussait dans la tête. Les différents matériaux sont donc la récolte d’un glanage sur internet, dans des bibliothèques ou sur des sites d’archives spécifiques..
Lors du cheminement d’écriture, dirais-tu que l’animation s’est imposée à toi plutôt pour sa capacité de mettre en scène un lieu que tu ne peux pas filmer, ou plutôt pour sa puissance plastiques et ses possibilités esthétiques ?
Hmmmmm… je crois que je me suis tourné vers l’animation quand je me suis dit, pendant l’écriture, que certaines images ou certains décors paraîtraient moins crédibles ou moins magiques en prise de vue réelle qu’en animation. A partir de ce moment-là, l’écriture a pris une autre forme et des envies de mise en scène sont devenues plus évidentes ou limpides. Je ne viens certes pas de l’animation et ne suis pas non plus expert en la matière, je demeure cependant convaincu que le projet a besoin de l’animation pour se concrétiser.
Ta résidence était courte (6 jours), mais plutôt intense. Pourrais-tu nous faire un tour d’horizon de ce que tu as pu faire pendant cette semaine à la Jachère ?
La Jachère, avec et grâce à toi, m’a surtout permis de poser une identité visuelle au film. C’est passé par mieux connaître et un peu pratiquer la technique du papier découpé avec le banc-titre; tenter de restituer au dessin certaines images que j’avais en tête (et c’est pas une mince affaire quand on ne sait même pas tracer un trait au crayon) ; mais surtout par dialoguer avec toi sur la composition de visuels pour montrer le style du film. Ce dialogue consistait aussi bien à mieux comprendre la forme de l’animation et ses possibilités qu’à essayer moi-même d’expliciter des envies d’image.
A quelqu’un qui, comme toi il y a quelques mois, voudrait découvrir le cinéma d’animation, que conseillerais-tu de voir ou de faire en premier ?

Ouarf, je ne sais pas si j’aurais déjà cette prétention de conseiller quelqu’un, ayant l’impression d’avoir tellement de conseils à recevoir moi-même. Je crois que je partagerais des films d’animation qui m’ont marqué comme Princesse Mononoké d’Hayao Miyazaki, Millenium actress de Satoshi Kon ou La jeune fille sans main de Sébastien Laudenbach, ou bien Le hérisson dans le brouillard de Iouri Norstein , que l’on m’a aussi conseillé.
Maintenant que tu as commencé à explorer et éprouver le cinéma image par image, est-ce qu’il y a un aspect qui, en particulier, te surprend et que peut-être tu ne soupçonnais pas ?
Je crois que mon principal étonnement pendant la Jachère fut de découvrir que des images que j’avais prises pour des dessins aux textures retravaillées à l’ordinateur étaient en réalité des photos de papiers et calques découpés sans aucune retouche. Et c’est ce qui m’a le plus fasciné, que l’on arrive à créer des images aux allures magiques avec des matériaux pourtant très simples et concrets.

Un livre ?
Celui que je lisais pendant la résidence :
Les plats chauds de la guerre froide de Guélia Plevzner.
Un film ?
Le dernier métro de François Truffaut,
dont j’ai dû te parler une fois par jour, (désolé).
Un album de musique ?
Les chansons Tziganes de Sonia Timofeeva
Une photographie ?
La visite du Palais Idéal du Facteur Cheval par Robert Doisneau ou bien la photo de Galina, une mamie ukrainienne qui m’a appris à cuisiner des varieniki. J’ignore ce qu’elle est devenue.

– mai 2022